L'affichage à l'écran : quelques mystères (éclaircis)
Le texte qui suit est basé sur un article de Goeff Duncan paru dans Tidbits n°467 du 15 février 1999 intitulé Why Windows Web Pages Have Tiny Text.
Il s'agit donc d'expliquer pourquoi un texte en taille 18 points paraît plus petit sur un écran Mac que sur un écran PC.
Times 18 sur Mac |
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Times 18 sous
Windows |
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Une page Web normale (police en taille 10 ou 12) conçue sur un écran Windows apparaîtra presqu'illisible sur un écran Mac (un tiers de moins). Il suffit d'aller voir, à partir d'un Mac, le site mère de Microsoft pour s'en convaincre. L'histoire qui suit permet d'expliquer la chose.
Définition du point
Tous les jours on utilise des "points", Courier en 12 points, Palatino en 10 points etc. Mais qu'est-ce que ce point ?
Un point mesure 1/72 de pouce.
OK, mais uniquement dans le système de calcul interne au PC, Quickdraw ou Postscript, par exemple. C'est donc une définition abstraite.
A l'extérieur du logiciel, le point varie comme les systèmes de mesure, aucun d'eux ne définissant le point comme exactement égal à 1/72 de pouce.
Un point Didot (France) est égal à 0,0148 de pouce soit un peu plus que 1/72 de pouce.
Un point pica (USA) égale 0,0138 pouce, soit un peu moins de 1/72 de pouce.
Pour comprendre pourquoi des pages [conçues sous] Windows apparaissent minuscules sur un écran Mac, il faut imiter l'ordinateur : ASSUMER que l'écran du Mac fait 72 points par pouce.
Dans ce contexte, il ne faut pas croire qu'une police de taille 72 occupe 72 points de hauteur. Au contraire, elle s'inscrit à l'intérieur de cette dimension. Par exemple, le i minuscule n'utilise qu'une partie des 72 points, les lettres capitales n'utilisent en général que 2/3 de la hauteur en points.
L'ajustement du point à l'écran.
Comment le système d'exploitation utilise-t-il cette information pour afficher un point sur un écran physique?
Prenons l'exemple d'un titre en taille 18 sur un écran Mac.
D'abord, le système doit savoir ce que représente en hauteur à l'écran 18 points. Puisqu'il assume qu'il y a 72 points par pouce (ppp), le calcul est facile: 18 points représentent 18/72 d'un pouce soit, dans ce cas, 1/4 de pouce. Le système commence alors à dessiner un texte sur l'écran qui fait un quart de pouce.
C'est ici que les choses se compliquent. Le système "pense" que l'écran est une matrice de points : autant de points en largeur et autant de points en hauteur et que tout est dessiné à l'écran en points (pixels). Cela étant, la résolution de l'écran peut être exprimée en pixels par pouce (ppi ou dpi -- dot per inch).
Donc pour dessiner le texte de 18 points sur l'écran physique, le système doit savoir combien de pixels se trouvent dans un quart de pouce. Pour le trouver, on pourrait imaginer que le système interroge l'écran. C'est inexact. En fait, il ASSUME le nombre de pixels qui occupent un pouce indépendamment de la dimension ou de la résolution physique de l'écran.
Sur un Mac, le système assume toujours 72 dpi.
En Windows, 96 dpi mais si on utilise de grandes polices Windows assume que l'écran peut afficher 120 dpi.
En Unix, cela varie entre 75 et 100 dpi. On peut même parfois le configurer.
Dans tous les cas, le système d'exploitation n'a pas une idée réaliste de la résolution physique.
En conséquence,
Un Mac utilise 18 pixels pour rendre une taille 18,
Windows en utilise 24 (1/4 de 96 points)
Unix entre 19 et 25
Windows en grande taille monte à 30.
Donc, en termes de pixels physiques, les utilisateurs Windows voient le texte 33% plus grand que sur Mac. Selon le point de vue, le texte Windows est colossal ou le texte sur Mac est ridicule.
Si, par exemple, la fenêtre du navigateur fait 640 * 480 pixels (on oublie les menus etc.), le Mac peut afficher 40 lignes de 12 points. Dans les mêmes conditions, Windows n'affichera que 32 lignes puisqu'il utilise plus de pixels pour dessiner son texte. Donc, souvent, les concepteurs de pages Web en Windows spécifient des tailles basses afin de mettre plus de lignes dans l'espace de la fenêtre et les consultants Mac de ces pages les voient encore plus petites (parfois elles deviennent illisibles).
Le problème vient du fait que le système essaye d'accorder une mesure physique, le point, avec un écran dont il ne connaît pas les caractéristiques physiques. En finale, un écran est un système analogique de projection, le moniteur lui-même n'a aucune idée du nombre de pixels qu'il envoie lors d'un balayage. Les nouveaux écrans digitaux permettront, semble-t-il, de retourner au système les caractéristiques de la résolution physique.
Pourquoi les présupposés furent-ils si différents ?
Chez Apple, le Mac devait être WYSIWYG (what you see is what you get). Apple a imposé l'identité entre le point et le pixel. Et, avant l'arrivée des lasers à 300 dpi, le Mac était un remarquable exemple de WYSIWYG. Les premiers écrans avaient, effectivement, 71 dpi ou 74 dpi assez proche des 72 ppp pour cacher le fait que le Mac n'avait aucune idée de la résolution physique de son écran.
De fait, Apple a résisté pendant des années aux écrans de résolution plus élevées ou aux écrans multisync. Après tout, plus la résolution s'éloignait des 72 ppp moins l'écran était WYSIWYG. La pression du monde PC a obligé Apple à céder et aujourd'hui,
Un écran 17 pouces tournant en 1024*768 pixels affiche habituellement entre 85 et 90 dpi;
l'iMac offre 58 dpi en 640*480 mais presque 93 dpi à 1024*768;
un Powerbook G3 avec un écran de 13,3 pouce de diagonale affiche plus de 96 dpi à 1024*768;
L'écran plat de SGI (1600SW) a 110 dpi.
Les raisons historiques pour le choix de Windows en faveur du 96 dpi sont moins claires. Elles pourraient provenir des anciens écrans VGA. On pensait alors que pour les tailles 10 et 12 rien ne serait lisible à l'écran en dehors d'une résolution de 96 dpi. Le Mac montra que cela était faux grâce au design soigné des polices comme Genève et Monaco.
Il se fait qu'aujourd'hui le Mac se rapproche fort des 96 dpi alors que les moniteurs Windows sont souvent en dessous.
En résumé, cet article montre comment un système peut prendre une mesure floue - le point- et l'utiliser comme un mètre pour rendre des caractères qui eux-mêmes utilisent une portion arbitraire de leur taille afin d'afficher ces caractères sur un moniteur qui ne se conforme pas au système interne de conception des caractères. C'est la pagaille.
Quelles que soient les prétentions des 2 protagonistes, Windows et Mac, tous les 2 perdent.
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